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 [Plateau 1] Récits de l'Exodar

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MessageSujet: [Plateau 1] Récits de l'Exodar   Ven 3 Fév - 8:23

Les récits de l'armée de l'Exodar (jouée par Alistair sur le plateau n°1)


Dernière édition par Samuel Myridan le Jeu 8 Mar - 2:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Plateau 1] Récits de l'Exodar   Mar 21 Fév - 7:58

Quelques années auparavant ... Alors que le pouvoir des Aspects tremblait déjà ....

Des créatures terrifiantes qui convergeaient vers l'Exodar. Des créatures de cauchemar, échappées d'Orneval. Elles étaient légions. Et menaçaient la cité franche. 
 Ce fut le temps des derniers Exarques, et l'épopée de Vurkeran le Bouclier pur. Ce fut la bataille de Brume-Argent et la bataille d'Odeysus. Tant de noms, tant de vies qui sont retournées au Néant. Et toujours les tambours de guerre qui résonnaient, dans le cœur de tous les survivants de cette époque, le Crépuscule des Eres, et qui frappaient encore, cinq coups pour les cinq Aspects disparus. Il y eut des campagnes victorieuses, comme le Chant des Lunes et celle, moins connue mais encore plus importante du Bosquet des Anciens. Il y eut des déroutes et de cuisantes défaites. La chute de Teldrassil, la fuite éperdue de Lordanel. Les massacres de Long-Guet. Et d'autres. 

 Mais ce qui fut l'élément déclencheur, initiant l'envol administratif de l'Exodar, ce qui révéla à tous l'étendue de sa force, économique, militaire, spirituelle, ce fut Ambretoile et l'assaut sur la citadelle d'Ambre. Un antique maître des démons s'était fait couronner haut-roi de Brume-Sang et faisait sécession avec l'Exodar. Le S'kyr'i'on. A l'époque c'était Virkaltor, Grand Exarque qui dirigeait ce qui deviendrait le bastion des peuples libres du nord de Kalimdor et qui mena la guerre contre cet insolent qui osait contrer l'ordre précaire des choses.
 Une sale guerre. Les sujets du haut-roi, des bannis et des rejetés pour la plupart, avaient beau être peu nombreux, la ruse de leurs embuscades et autres pièges avaient failli enliser l'avancée de l'ost de guerre. Je m'en souviens.

Je secondais le Grand Exarque. Nous progressions difficilement dans les forêts rouges de Brume-Sang, saignés aux quatre veines par les ignobles machinations du roi traître. Tous les jours on apprenait la disparition d'une brigade, et je pense ne jamais avoir autant appelé la Lumière de ma vie, de toute ma force, pour nous délivrer de ce cauchemar. Mais nous avancions, collines par collines, bosquet après bosquet. Et les hautes flèches de la citadelle nous sont apparues un matin, parée de mille oriflammes et blasons royaux. Il restait trois légions de notre fière armée, partie depuis déjà six semaines, amputée du même nombre de soldats vaillants et pieux. De l'autre côté il ne devait subsister qu'un millier d'hommes fidèles aux ordres de la Flèche d'Ambre, celle d'où l'on affirmait que l'on pouvait voir jusqu'au mont Hyjal et où régnait le S'kyr'i'on.
 Le siège fut éprouvant. Terrible. Impossible à relater tant l'horreur nous a frappé, le feu et l'Ombre décimant les avant-gardes, ce fut comme si le soleil était mort en plein zénith. Le Maître d'Ambre avait décidé de se lancer directement dans la guerre, et nous faisait amèrement regretter chacun de nos choix malheureux. Nous nous sommes emparé du premier cercle de remparts et luttions dans les ruelles dévastées du Second cercle. Virkaltor était à la tête de l'assaut, et abattait sans jamais faiblir les partisans d'Ambre. Nous avons cru que nous prendrions en une seule journée les trois cercles de remparts. Nous pensions avoir tort. Le malheur frappa de nouveau, après une remarquable percée de nos forces, en la personne du champion personnel du haut-roi, un certain Vashta Nerada. Dès lors que le duel entre le Grand Exarque et ce champion s'engagea, je sus que quelque chose de terrible adviendrait. Dès l'entame, il était visible que Virkaltor souffrait. Sa masse, Flambelumière, n'était plus aussi vive et destructrice, et butait souvent contre la lame noire de son adversaire, ou carrément dans le vide. Nous ne pouvions lui venir en aide, même moi qui jouait des coudes et de la hache savais que je viendrais trop tard. Et le pire advint. Une maladresse du paladin, immédiatement sanctionnée par l'autre, une lame qui trancha presque la tête du noble draenei que j'avais appris à aimer comme un père. Je l'ai entendu, comme si le fracas de la bataille, difficilement supportable, avait été remplacé par ses mots, insoutenables.
"Donna Noblevoie, guide notre alliance ... Sois leur Vengeresse ... Tu ... Dois ... Croire .... Tu dois ... Pardonner ... "

J'étais la Vengeresse de la Lumière. Leur champion est tombé au premier coup de ma hache. J'étais portée par la puissance sacrée de la Lumière, la plus noble des aspirations qu'il soit. Mon escadron se plaça de façon à protéger ma progression dans le donjon royal, qui s'était vidé pour occuper nos troupes. Y eut-il prédestination ou maladresse du roi, je ne sus. En tout et pour tout, dans cette tour altière devaient se trouver quelques serviteurs qui n'avaient pas reçu l'ordre de mourir sous nos coups, le S'kyr'i'on et moi-même. Toujours cette histoire de prédestination, j'avais la sensation de faire le jeu de mon adversaire, à me ruer ainsi dans ses appartements, n'étant plus armée que d'une lame légère, ma hache abandonnée dans quelque cadavre d'Ambrien. 

Lorsque je le trouvai, tout au sommet de la tour, j'accusai un mouvement de surprise. Je m'étais imaginé que la dernière bataille se ferait contre une créature baraquée, maniant deux haches ou masses d'armes et décidée à remporter cette lutte en une seule charge pour m'écraser sous son poids. Non. Au lieu de cela, c'était un frêle humain, avec une simple épée, comme la mienne, pas très grand ni même bien bâti. Mais sa voix roulait comme le tonnerre, il semblait investi d'une potentialité terrible. 
_ Nous nous rencontrons enfin, Donna Noblevoie. Vous êtes telle que je l'ai vu. Vous avez agi exactement comme je l'avais prédit ....
_ Devin ?
_ Vous êtes plutôt perspicace, pour une fille de la Lumière. Ca devient rare chez ce genre de décérébrés. Quoi qu'il en soit, nous devions nous affronter. Cela doit se produire, tout comme la chute des Aspects, du Nexus, des Grottes du Temps et du Temple du Repos du Ver était inévitable ...
_ Vous saviez ce qu'il allait advenir ? 
_ Evidemment. 

Le S'kyr'i'on m'offrit son sourire le plus séduisant. Et par la Lumière, il l'était. Mais comme toujours, sous la rose la plus belle se trouve les épines les plus acérées. Ce n'était qu'un jeu déjà joué, déjà prévu. C'était donc avec un soupçon d'inquiétude que je levais ma fine lame, et que je lui demandais :
_ Vous aviez pu empêcher cela ... Vous n'êtes qu'un ignoble monstre, un impie qui ne mérite pas de vivre ! Maintenant, pour tous mes compagnons retournés à la Très Sainte Lumière, vous périrez sous Son regard !
 Il me sourit à nouveau. Ca m'exaspérait grandement, surtout lorsqu'il reprit.
_ Vous ne savez pas tout, aussi. Vous ne savez pas la fin de cette guerre. Moi oui. Alors, attaquez, précipitez le destin. On verra bien qui aura raison. Le dénouement vous surprendra, par ma lame !

Le dernier duel fut éprouvant. J'étais certes portée par Son invincible force, mais lui était diaboliquement rapide et agile. Nos lames s'entrechoquaient, tandis que la couronne d'argent dont il était paré glissait souvent sur ses cheveux, finissant par voltiger dans la pièce avec l'une de mes bottes secrètes que j'adorais. Il semblait reculer, me déplaçait à travers la haute salle pour atteindre un point précis, alors que je le sentais qu'il fatiguait. Il se contentait d'un style de combat défensif, ne se fendant que de quelques touches qui s'apparentaient plus à du harcèlement qu'à de vraies attaques. J'étais devenue une déesse de la bataille, le temps s'était figé autour de nous, alors que lui doutait. Enfin, une ouverture dans sa garde, je fit voler son épée loin de lui, et il tomba sur un genou, le poignet endolori. D'un mouvement de mon arme il fut à ma merci, observant calmement sa mort venir. J'entamai déjà le revers qui devait le décapiter quand je l'entendis hurler. 
_ Songez à ce qu'a dit Virkaltor alors qu'il passait au Néant ! Songez, songez, Donna, revoyez-le !
"Donna Noblevoie, guide notre alliance ... Sois leur Vengeresse ... Tu ... Dois ... Croire .... Tu dois ... Pardonner ... "

...

Je ne sus pas vraiment ce qui me motiva à ne pas terminer mon geste. Son regard, ou celui de feu le Grand Exarque, ou ses mots, ou autre chose qui s'appellerait la fatalité. Seule une de ses mèches fut tranchée, et je jetai ma propre lame à côté de la sienne pour l'empoigner violemment. Il avait souffert durant notre duel, il devait avoir plusieurs os brisés tant j'avais frappé fort. Un coup pour chacun de ceux qui étaient tombés. Derrière nous le reste de deux escouades qui avaient réussi à se frayer un chemin dans le donjon nous observait, médusés par ce subite retournement de situation.
_ La mort serait un châtiment trop doux pour toi qui a envoyé tant d'innocents aux ténèbres. Tu seras jugé pour tes crimes. Mais il est une chose que je dois connaître ... Je veux ton Nom. Le vrai.
 Le roi déchu ne dit rien, se contentant de m'observer froidement. Je le giflai avec mon gantelet de plates et réitérais ma demande. Du sang gouttait de ses lèvres.

 Il me murmura son vrai nom.

Ce fut la fin du jeune haut-royaume de Brume-Sang. Des sept mille engagés de notre armée ne restait qu'un demi-millier de soldats blessés pour la plupart, traînant le traître haut-roi couvert de chaînes bénies jusqu'au siège administratif.

Le procès se déroula, l'emprisonnement éternel dans une geôle adaptée fut requis et obtenu. Au moment fatidique où nos gens lui passaient le masque et l'harnachait pour la fin, il me dit, d'une voix rauque et étouffée :
_ J'avais raison, Donna. J'ai toujours raison ....

Il avait raison. Bien évidemment. Il hurla une dernière fois alors que son corps fut scellé dans un cristal géant. Me voici donc avec un devin fou enchaîné à l'aplomb de la salle d'audience.


Et maintenant, neuf mois après la bataille ...
 La nuit venait. Comme l'avait prédit le S'kyr'i'on, elle déferlait au sud comme une tache d'encre noire, absolue. Cette nuit semblait nier la lumière, l'avalait et la digérait comme un monstre. Cette nuit refusait la rationalité, l'espoir, la vie.  Cette nuit était prison, qui déjà, aux dires des compagnies les plus avancées au sud, plongeait dans son ombre les terres les plus extrêmes. Malaka'Jin, les ruines de la Croisée, les îles de l'Echo, tout s'étouffait dans cette obscurité poisseuse et prélude aux pires cauchemars. C'était ce qui me tourmentait dans mes instants les plus privés. Voir la nuit recouvrir le monde, le soleil et les étoiles volées pour orner la tiare d'un ignoble empereur illégitime.
 Mais il fallait faire front. Avec courage, dignité et majesté.

...

"A ceux qui me reprocheraient dans ce Conseil de tenir une politique expansionniste, je leur répondrais ce qui est devenu la base de notre société, la première divination du S'kyr'i'on :

La chute des démons ne fut que le commencement.
Ce tumulte a emporté l'espoir et la joie, trésors de nos âmes, et a ouvert la voie aux monstres des profondeurs de la terre corrompue. 
Ce qui se dissimulait derrière les portes d'obsidienne sera révélé, et déferlera ici.
Quelque chose approche. Noir, insondable et plein de fureur.
Mais lorsque l'Ombre vient pour prendre nos cœurs, il en est qui doivent se dresser contre.
Ainsi viendra le temps des guerres, le temps des lames, le temps du doute.
Milliers d'âmes lèveront la tête et ainsi tout débutera.

Mais pour lutter, pour permettre au règne des Vertus de s'étendre, il faut réformer le culte de la Sainte Lumière. J'ai retrouvé nos livres, qui contiennent Sa parole. J'ai vu en rêve combien nous étions pécheurs. Nous devons retrouver la pureté première de nos âmes, par la prière, l'abnégation et l'exercice impitoyable des Vertus. Les hérétiques souillent la perfection de notre nouvelle cité. Ils doivent être ramenés sur le bon chemin, par l'amour et la pitié.
 J'annonce la recréation de l'ordre des Inquisiteurs, et leur offre tous les droits nécessaires à l'humble exercice de leurs fonctions. Qu'avec leur tâche difficile et cruelle la Lumière puisse triompher et nos vies rachetées."

...

L'épave désormais réparée au mieux pour servir de capitale terrestre de l'Exodar était le siège de nombreuses races intelligentes d'Azeroth. Des survivants du cataclysme et des invasions démoniaques, ayant rejoint la Ligue des peuples libres du Nord. Des humains, maudits ou non, des Kal'doreis, des nains, des draeneis, quelques gnomes, taurens, gobelins et Sin'doreis. Il y avait aussi de rares hauts-elfes, des furbolgs, deux ou trois dragons, un bleu et une rouge, et peut-être un vert. Une mosaïque de cultures et de races que moi, Donna Noblevoie, Sainte Vengeresse de la Lumière et dirigeante de la Ligue, était fière de guider sur les chemins de l'avenir. 

...

"Il lève les yeux vers le cœur des diamants glacés de lumière. Il hurle, car tu es son cauchemar brillant dans son antre. Dans les Cours d'Obsidienne il fera forger un artefact qui fera pâlir les rêves et les étoiles ... Il veut ! Il veut être l'Héritier des Puissances ! Il le sera, et les lances d'or et d'argent porteront leur ost jusque dans le cœur des abysses, serpentant très près, si près, trop près de leur fin. Et les tours noires se mireront dans l'océan de leurs larmes, et renaîtra les flèches de l'ambre ! Dormirons alors les querelles et les dissensions dans le tombeau des Rois, car c'est l'heure, c'est l'heure de sonner les tambours de guerre et de mener la dernière bataille."

Livre secret des Divinations, trentième vision.
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MessageSujet: Re: [Plateau 1] Récits de l'Exodar   Mar 21 Fév - 8:04


Le monde est gris. Gris, noir et blanc. C'est ainsi que je le vois, comme le pur esprit que je suis, moi le S'kyr'i'on de la Flèche d'Ambre. Neuf mois à apprivoiser mes nouvelles possibilités, à rediriger mon pouvoir terrible sur mes facultés mentales. Avec mon corps emprisonné à jamais, il est difficile pour moi d'évoquer ma magie physique. Emprisonné ? Oui. Avec une autre capacité extraordinaire, l'ubiquité. J'inspire douloureusement une nouvelle parcelle d'oxygène, mon cœur battant faiblement entre mes côtes fragiles, tandis que j'arpente en pensée l'intégralité d'Azeroth. C'est une forme de liberté. Liberté conditionnelle, mais que je chéris. J'avais bien cru, dans mes dernières heures de "liberté" physique, ne plus jamais pouvoir marcher, même en esprit, penser, rêver. Pourquoi ? Parce que j'étais à l'agonie. Mais cela, il n'y avait que moi, et peut-être la Vengeresse. La raison se trouve dans mon proche passé.

 Il y a quelques mois, je n'étais qu'un mage noir, certes talentueux, mais sans grande envergure. Je n'étais même pas maître, et cet échec me faisait enrager. Il me fallait plus de pouvoir. Plus de puissance. Le pouvoir des Aspects dragons tremblait déjà. Des troubles survenaient, les démons sauvages faisaient leurs premières incursions en hordes déchainées dans les terres humaines du sud. De ce fait, tout ce qui invoquait ou faisait acte de magie noire était poursuivi. Et exécuté. Les humains sont ainsi, lorsqu'ils ont peur.
 J'ai donc fui Hurlevent dès les premières chasses aux sorciers. Et où pouvais-je aller ? En Kalimdor la répression était identique. L'Outreterre était proscrite. Ne me restait que le Norfendre, et que trouvait-on au Norfendre qui pouvait satisfaire ma soif de pouvoir ? L'Œil d'Eternité. Ce fut donc mon but avoué. 
 La traversée fut redoutable, le climat et les vents commençaient déjà à se détraquer. L'équipage lui-même avait des soupçons sur ma véritable identité, soupçons que je dus faire taire radicalement chez certains. La diplomatie n'a jamais été mon fort, il faut le reconnaître. 
 Le froid était si terrible que la glace avait pris l'océan jusque très loin. J'étais certes couvert en conséquence, mais le vent était horrible, il trouvait toujours le moyen de s'infiltrer et de me faire grelotter. J'ai traversé toute la Toundra Boréenne à pied, en me maudissant d'avoir eu un tel projet. Mais la chance me souriait. Les murailles rocheuses ceignant l'île de Frimarra s'étaient effondrées d'un côté, et le bras d'eau qui la séparait du continent avait aussi gelé, alors que je la contemplais depuis l'une de ces plateformes bleues, laissées par les dragons d'azur. Traverser l'île fut simple, les créatures qui l'habitaient avaient fui ou avaient été terrassées par quelque mystérieux mal, sûrement pas le froid. C'est là que j'ai commencé à douter. L'aura du lieu avait changé. Il ne s'en dégageait qu'une impression de mort et de destruction. Les cercles de l'Oculus gisaient au sol. L'entrée du Nexus était invisible. Quant au portail menant à la retraite de l'Aspect de la Magie semblait avoir été vaporisé. Une formidable force de destruction semblait avoir ravagé ce lieu. Qui avait pu causer cela ? Les livres de la Bibliothèque du Nexus avaient-ils été tous détruits ? Et toute la magie d'Azeroth, était-elle toujours contenue dans l'Oeil ?
 Tandis qu'affligé, je me posais toutes ces questions, une sinistre silhouette achevait de disparaître au loin. Je frissonnais instinctivement. Même à cette distance, elle devait être de très haute taille, et semblait investie de pouvoirs terribles, rien qu'à son aura bouillonnante. Elle s'est alors retournée. Je ne me souvenais pas alors avoir connu une telle sensation de terreur. Je me jetai derrière un gigantesque bloc sculpté azur, le coeur bondissant follement. Je restai derrière longtemps, les yeux fermés, étreint par la peur animale que m'inspirait cette silhouette. Et lorsqu'enfin je me risquai à quitter ma dérisoire cachette, elle avait disparue, et son aura terrible se dissipait dans l'air. 
 Ce fut ma première rencontre avec Anubis. Je savais où était passée la magie. Il l'avait sûrement bue. Je m'apprêtais à faire de même, puisque rien n'avait survécu dans ce chaos de rocs et de courants de magie perdue. 
 
 Boire la lie de cette magie qui fuyait du Nexus brisé fut à la fois extrêmement simple et extraordinairement complexe. Il fallait rediriger les flux selon des schémas que je ne connaissais qu'à peine, et veiller à ne pas surcharger tel ou tel point de mon corps, au risque de me volatiliser dans une explosion arcanique dévastatrice. Et lorsque je n'eus plus soif, je continuai, encore et encore. Jusqu'à ce que je m'évanouisse sur une dalle de pierre cristalline.

 J'étais l'équivalent d'un semi-Aspect de la magie. Il me semblait que toutes mes perceptions avaient été transcendées, que je pouvais évoquer bien plus que le feu et l'ombre et faire plier n'importe quel archimage d'un simple sort. Mais tout pouvoir, tout don est à double tranchant. Un dragon bleu n'aurait sans doute pas souffert de cette absorption effrénée. Mais les races mortelles ... 
 J'avais certes sauvé quelques livres, mais c'était peu. Je m'étais décidé à rentrer m'établir quelque part au Norfendre, peut-être aux Grisonnes ou aux Pics Foudroyés. Je ne pouvais m'empêcher de trembler au début. Temps d'adaptation. Et j'avais de fréquentes crises de visions. Qui devenaient de plus en plus précises et fiables, me montrant toujours cette silhouette en pleine session de destruction. Je reconnaissais des lieux comme le Temple du Repos du Ver, les Grottes du Temps, peut-être même la Cathédrale de Hurlevent. Je voyais la Lieuse de Vie, son consort, Kalecgos, Nozdormu, même Ysera et Thrall, périr sous les assauts de la créature et disparaître. Je savais que ce n'était pas encore venu. Moi, devin ?
 Les tremblements cessèrent au fur et à mesure que je me rapprochais du village rohart d'Unu'pe. Mais une douleur terrible me cisaillait le cœur à chaque battement, chacune de mes inspirations était semblable à une torture barbare. Je ne voulais voir personne, je m'isolais des amicaux roharts, qui avaient peu de visiteurs, lisant mes ouvrages récupérés. Durant les quelques jours que je passais avec eux, je sentis plusieurs fois mon cœur rater des battements, de plus en plus souvent, parfois même durant quelques secondes couleur d'éternité je ne pouvais que ressentir la souffrance, et la peur de mourir là, alors que je n'avais pas encore vraiment essayé mes nouveaux pouvoirs. Ces crises me terrassaient, me laissaient pantelant, jusqu'à l'oubli salvateur de la perte de conscience. 
 Une femelle du nom d'Uktoonolitka résolut alors de me faire examiner par le médecin du village, Iruk, alors que ma volonté était de rester loin d'eux. Je ne savais pas ce qui provoquait cette misanthropie, sans doute mes pouvoirs. 
 Dès lors que ce sage morse me vit, il toucha ses défenses, lesquelles étaient sculptées, puis ses amulettes. Je haussais vaguement les sourcils, fatigué que j'étais.
 Uktoonolitka me fit asseoir sur les fourrures douces et chaudes étendues sur le sol, me couvant de son regard sombre. Iruuk m'observa longuement, tandis que la femme racontait mes ennuis de santé dans sa langue maternelle. Il hocha la tête et me dit :
- Vous avez la maladie de la magie débridée. La magie bleue ronge votre corps, humain, car elle est trop puissante en vous. 
J'acquiesçai vaguement, alors qu'Iruuk allumait un brasero et plaçait de l'encens dans la flamme naissante. Il reprit :
- Votre coeur s'affaiblit déjà. Le souffle de la mort vous habite.
 Sa voix était douce lorsqu'il m'assena la terrible vérité :
- Vous en mourrez. D'ici quelques semaines. Le don des grands Bleus n'est pas destiné aux mortels.
- Et comment pourrais-je m'en sortir ?
- Les grands mages pourraient vous montrer la voie pour canaliser vos dons. Mais ils ont disparus. Je connais des potions qui pourraient prolonger votre existence, de quelques mois seulement. Les prendre tous les jours. Elles se réalisent avec des simples que l'on trouve partout. Compris ?
J'acquiesçai. Et puis ... Le noir. Une vision. Je me voyais, moi, à l'article de la mort, dans quelque lit de quelque auberge. De mon point de vue, j'apercevais de la neige, grise. Je me voyais livide, frémissant à peine, mon souffle s'amenuisant lentement. Et je me vis rendre mon dernier soupir. Étrange sensation, horrible et terrifiante, que de se voir mourir de cette manière. La vision changea, et je pus voir, dans une série d'images rapides, le chemin à prendre pour survivre. Un chemin sinueux et totalement original, pour le but atteint.
A nouveau le noir.

 Cette prédiction fut le signal de départ d'Unu'pe. Chargé de dizaines de fioles de potion, je m'en allais, vers le Donjon de la Bravoure, requérant un navire pour l'île de Brume-Sang. Ce que l'on m'offrit aimablement après avoir fait montre de mes nouveaux talents. Je précise à ce propos que la destruction totale d'une centaine de soudards traînant au nord du donjon est de mon fait. Ce qui fit que je fus en Brume-Sang quelques semaines plus tard. Nous étions au début de l'été, et pourtant le froid du Norfendre continuait à me poursuivre, jusque dans mes cauchemars enfiévrés. Je n'avais que quelques mois devant moi, avant les premières neiges. Face à moi la citadelle d'Ambretoile, place forte elfe bâtie pour consolider ce qui restait de la puissance des peuples du nord de Kalimdor. 
 La suite, vous la connaissez sans doute. Prise de la citadelle, nouveau nom. Couronnement, d'anciens amis et supérieurs devenus mes conseillers et ministres. La guerre avec l'Exodar. La chute. Tout cela pour quoi ? Pour amener les conditions nécessaires à ma survie. 
 J'orientai habilement mon propre procès, faisant jouer mes dons extraordinaires qui me conféraient une immortalité parfaite. En apparence. En réalité, mon temps avançait, le procès se tenait à la fin de l'automne. Je dissimulais parfaitement mes crises. Je savais exactement quoi faire au bon moment, et la Cour obtint de Donna Noblevoie ce à quoi je travaillais depuis le début. Puisqu'ils ne pouvaient me tuer, la perpétuité dans une prison spéciale serait un châtiment parfait. Et pour contrer, en apparence, mes pouvoirs, le cristal le plus pur pour m'y emprisonner à jamais. Sous la surveillance de machines qui me maintiennent désormais en vie.
 Sept mille vies pour sauver la mienne. Je n'ai pas honte de cela.

Je cherchais l'immortalité. C'est le rêve de toute créature mortelle. Ma recherche de puissance était inconsciemment une quête d'éternité. Je voulais l'immortalité. Donna me l'a offerte. Je suis sûr qu'elle se doute de mes motivations profondes.
Le cristal est une forme d'immortalité. Le plus puissant sorcier humain, désormais éternel. 

 Il reste quand même des créatures plus puissantes que moi. Les Aspects ont disparus, je suppose que seul Anubis me dépasse. Et comment ! Il a consumé l'Ame des Dragons, les pouvoirs bruts des cinq Vols l'imprègnent jusqu'à la moelle. Il est presque un dieu. C'est le Dieu de la Mort incarné. Je ne suis qu'un Aspect humain. Une miette de pouvoir dans l'océan des siens. 
 C'est pour cela que j'évite de me retrouver en sa présence lorsque j'arpente son domaine en esprit. Mon essence volerait en éclats avant même que je ne ressente sa présence. 

 La solitude des puissants. Il doit ressentir la même chose que moi. L'extrême solitude des dieux et des rois. 
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